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18/11/2017

LBV

- J'allais dire : Victor-Lévy Beaulieu.

- Qui ?

- Victor-Lévy Beaulieu.

- Ah, lui ? What's with the hat, man ?

- Je sais pas, ça doit être un gars de la campagne ou je sais pas quoi.

- Quelle campagne, la campagne française ?

- Je sais pas, moi aussi ça me dépasse, moi, ces affaires-là.

- What's with the beard, man ?

- J'allais le dire : la barbe, c'est quoi l'idée ?

- Tout le monde a une barbe à la campagne.

- Ça fait Québécois, c'est ça ?

- C'est sûr que c'est ça, la barbe c'est une invention québécoise, voyons, tout le monde sait ça, ou en tout cas ils devraient l'apprendre.

- Il y a les bretelles aussi.

- Oui, la bédaine aussi, la pipe...

- On parle toujours de Victor-Lévy Beaulieu ?

- Écoute, en plus il zozote, je pense, ou il zézaye, je sais pas comment on dit ça au juste.

- Victor-Lévy Beaulieu ?

- De qui tu penses que je parle, de Michel Tremblay, peut-être ?

- Victor-Lévy Beaulieu, il a pas fait de la radio, lui, ce gars-là ?

- Non, non, il a fait de la télévision.

- Remarque, quand tu zozotes, faire de la radio... Tu as pas grand-chose pour te rattraper... À la télévision, le monde peuvent au moins te voir...

- Non, non, c'est pas ça, il passe pas À la télévision lui-même, il écrit À la télévision.

- Il lui écrit des lettres, tu veux dire ?

- Non, non, non, il écrit pour la télévision, c'est ça, le mot que je cherchais c'est « pour », « pour » la télévision.

- Je le sais, je te niaise.

- Il me semblait aussi.

- Oui, mais quand même, moi je dis que c'est bien beau d'écrire, mais à ce point-là...

- Yeah, what's with the fucking productivity, man ? ! WHAT'S WRONG WITH THE FUCKING GUY, MAN ? !

- Il vient d'un milieu où il fallait, je sais pas, moi... survivre...

- WHAT'S WITH THE FUCKING SURVIVAL THING, MAN ? ?

- Oui, mais à la campagne il faut que tu survives, c'est important de survivre, à la campagne.

- Je le sais, je te niaise !

- Il me semblait aussi...

- Non mais, franchement, Victor-Lévy Beaulieu, la première affaire c'est que son nom tient vraiment pas debout, tu me feras jamais accroire que ça existe, toi, quelque chose comme « Victor-Lévy Beaulieu ».

- Non, justement, ça existe pas, on appelle ça un pseudonyme, un « soi-disant nom », autrement dit.

- Ah, OK.

- Tous les artistes ont des faux noms d'artiste, ça leur z'aide à être des artistes.

- Pourquoi pas Victor-Lévy DE Beaulieu, un coup parti ? POUR QUI IL SE PREND, CE TABARNAK-LÀ ? What's with the GUY, man ?

- Écoute, c'est quoi ton problème, tabarnak ?

- Je te demande pardon ?

- J'ai dit : c'est quoi ton problème, toi, tabarnak ?

- Mon QUOI ? ? ?

- Je te sens un peu tendu par moment.

- Non, non, ça va, je te niaise.

- Il me semble, oui...

- Sérieusement, on peut pas rire de Victor-Lévy Beaulieu tellement longtemps, ce gars-là a aucun humour, et ça, c'est EXTRÊMEMENT rare, AUCUN HUMOUR, même que c'est incompréhensible, à la limite, mettons.

- En fait, c'est pas humain, tu veux dire.

- Il est même pas capable d'écrire de la poésie non plus, ça fait que imagine...

Dimanche 28 décembre 2003

 

17/11/2017

LA MAURICIE

- La « Mauricie », c'est quoi le trip ?

- Comment ?

- La « Mauricie ».  D'où ça vient, ce nom-là, pour commencer, ça veut dire quoi, « la Mauricie » ?

- Ça doit venir de « Maurice », c'est comme rien.

- C'est ce que je me disais aussi.

- D'après moi, ça doit vouloir dire quelque chose comme « la place à Maurice ».

- Ça se pourrait, ça fait du sens.

- La question, c'est de savoir : Maurice qui ?

- Oui.

- Est-ce que c'est grand, la Mauricie ?

- Je sais pas, je suis même pas sûr de savoir où ça se trouve exactement.

- C'est dans le bout de la Beauce ou des Cantons de l'Est, quelque part par là, dans le bout de Québec, autrement dit.

- Oui, je pense que c'est ça.

- Je te demande si c'est grand la Mauricie parce que si c'est grand, le nom doit venir d'un Maurice quand même assez important, un gars connu par là comme Barrabas, mettons.

- C'est vrai, tu donnes pas le nom de quelqu'un de vraiment connu à une place que personne connaît, mettons le lac « Marie-France Bazzo » ou « Gilles Vigneault », pour te donner un exemple, si c'est un lac perdu dans une forêt perdue où personne va jamais.

- Exact.

- C'est qui qui s'appelle Maurice qui venait de la Mauricie ?

- Ah, je le sais, il y en a pas des tonnes des Maurice, ça doit être Maurice Vachon.

- Qui ?

- Mad Dog Vachon.  Son vrai nom, c'est « Maurice Mad Dog Vachon ».

- Tu es sûr ?

- Je te le dis.

- Oui, mais Mad Dog Vachon c'est pas une gloire nationale, ça, Mad Dog Vachon c'est un lutteur de quelque sorte.

- On sait pas, peut-être qu'en Mauricie c'est une gloire nationale.

- Pourquoi ça serait une gloire nationale en Mauricie ?

- Parce qu'il vient de là-bas.

- C'est pas suffisant qu'il vienne de là-bas, ça doit être une gloire nationale pas rien qu'à peu près pour qu'ils appellent leur contrée, leur « zone », je sais pas comment dire ça, « la Mauricie ».

- Tu serais pas fier, toi, que Maurice Vachon dit « Mad Dog Vachon » vienne de ton village ?

- Mets-en que je serais fier.

- Moi aussi, Mad Dog Vachon il est écrivain en plus, ce gars-là, il a écrit un livre qui s'appelle « Une vie de chien dans un monde de fous », quelque chose comme ça, c'est pas un roman, c'est l'histoire de sa vie, je pense.

- En tout cas, ça doit pas être de la poésie, ça, c'est certain.

- Pourquoi pas de la poésie ?

- Un lutteur, ça écrit pas de la poésie, un lutteur c'est un lutteur, surtout Mad Dog Vachon, tu lui as pas vu la face, toi, Chose ?

- Il y a bien un boxeur qui en écrit, lui, des poèmes, tout le monde le connaît, ce boxeur-là, il a même fait des films, il me semble.

- À moins que la « Mauricie » ça ait été nommé en l'honneur de Maurice Richard ?

- Ça se pourrait, mais je sais pas, moi, il me semble que Maurice Richard venait pas vraiment de la Mauricie.

- Est-ce qu'il est toujours en vie, Maurice Richard ?

- J'en ai aucune idée, je pense que oui.

- Il pourrait aller s'installer en « Mauricie » et faire semblant que ça a été nommé en son honneur.

- Es-tu malade, personne est assez fou pour aller s'installer en Mauricie, voyons donc.

Dimanche 28 décembre 2003

 

16/11/2017

POISSONS

Je reçois ta dernière lettre, je comprends d'après ce que tu me dis que tu as pas reçu la mienne, je veux dire ma dernière.

Donc la dernière lettre que tu as reçue de moi était pas ma dernière, ma vraie « dernière » a dû se perdre quelque part, ça arrive pas souvent, ces choses-là, mais ça arrive quand même des fois, n'est-ce pas.

Au cas où tu la recevrais pas, je veux dire « ma vraie dernière lettre », pas celle-ci ni l'autre que tu as reçue, mais celle qui s'est « perdue », je vais essayer de te la résumer, comme ça si tu la reçois pas (la « dernière »), celle que je t'écris maintenant pourra la remplacer, pas complètement, c'est sûr, une lettre qu'on a écrit et qui s'est perdue ça se remplace pas, ça se remplacera jamais, mais au moins tu en auras comme une espèce de « résumé », mettons.

Donc dans cette lettre-là, celle que tu as jamais reçue, je veux dire, je te racontais une soirée avec des gars que je connais, en fait il y en avait que je connaissais et d'autres que je connaissais pas ou pas vraiment, bref, on était en train de prendre un coup toute la gang, il y avait Chose qui revenait de New York, il était allé vendre des sapins de Noël là-bas pour se faire un peu de fric, tout le monde fait ça, aujourd'hui, il y a un marché pour ça, là-bas, à New York, j'ai même déjà vu un reportage là-dessus à la télévision, il y a deux trois ans, c'est pour te dire.

Donc le gars essayait de nous raconter son trip de sapins de Noël à New York, la grosse affaire, tout le monde s'en contre-câlissait de son histoire, personne l'écou-tait, l'autre zouf était en train de me dire, demande-moi pas pourquoi, qu'il avait fait bouillir ses poissons rouges dans son aquarium, « je suis revenu de vacances, les poissons étaient morts, j'avais mis la température de l'eau trop chaude ! », il se tordait, le gros, il en pissait dans ses culottes, mais en même temps il s'en foutait totalement, ils étaient morts, ses poissons rouges, bref, n'importe quoi, on se serait cru à un meeting de l'ADQ, si tu vois ce que je veux dire.

- Si tu as des poissons tropicaux, il faut que tu achètes de l'eau salée pour les mettre dedans, ces poissons-là !

- Mais si c'est des poissons tropicaux « de lac » ? Même dans les tropiques, l'eau des lacs est pas salée !

Tu vois le genre.

- Oui, mais comment ça se fait que les poissons goûtent pas salé si ils vivent dans de l'eau de mer ?

- Écoute, c'est pas parce que les poissons VIVENT dans l'eau de la mer qu'ils la BOIVENT ! Un poisson, ça boit pas d'eau, tu savais pas ça, toi, Chose ?

- Moi j'ai vendu des sapins de Noël pendant un mois à New York !

- Près des écluses, à Valleyfield, les perchaudes tu les ramassais à la puise. mon gars, tu avais même pas besoin de les pêcher !

- Je le sais, j'ai de la parenté là-bas !

- C'est comme se crosser, à qui ça nuit, se crosser, ça nuit à absolument personne !

And so on, la déconnade à plus finir, le vrai trip « cabane à sucre » québécois, tout le monde en train de gueuler. avec Miles Davis à tue-tête par-dessus tout ça, moi cette histoire-là de poissons m'avait accroché, je veux dire « les poissons », « l'être » du poisson, « l'être-poisson », je me disais : « Quel genre de mémoire ça peut avoir, un poisson ? », parce que si tu as pas de mémoire, tu existes pas, tu peux pas exister sans mémoire, les poissons, eux autres, si tu les étudies comme il faut, tu observes qu'ils se déplacent en bande, ils ont une espèce d'existence collective, ils se synchronisent, c'est comme un « vol d'oiseaux », un poisson en vaut un autre, c'est remplaçable un poisson, etc.

Bref, je suis un peu pressé, il faut que j'y aille, maintenant, je te raconterai ça une autre fois.

Lundi 29 décembre 2003