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09/11/2017

QUAND TU LIRAS CETTE LETTRE

Je me lève, il est midi & il fait moins 24 C dehors, moins 40, ils disent, avec le « facteur vent », c'est pas une journée pour être facteur, mettons, à moins d'être un « facteur vent », ah ah ah, elle est bonne, celle-là.

La nuit dernière, il a bien dû faire moins 1000 au moins, mais moi la nuit je ferme le chauffage, qu'il fasse le temps qu'il voudra j'ai toujours fait ça & je dors comme un bébé, j'ai jamais froid, de toute façon le froid ça conserve, il paraît, la preuve : regarde les facteurs, ils ont pas un mot à dire, personne a jamais entendu parler d'un facteur qui est mort de froid dans un banc de neige, à ce que je sache.

Aujourd'hui, moi je fais de la soupe, un baril de soupe vietnamienne, c'est une température pour faire de la soupe, aujour-d'hui, qu'est-ce que tu veux faire d'autre quand il fait moins « 40 » à midi avec le « facteur vent », aller jouer dehors avec les facteurs, leur z'aider à passer leur hostie de courrier, peut-être ?

Fuck you, Chose !

Je fais de la soupe vietnamienne aujourd'hui & j'écris une lettre, je sais pas encore à qui, mais j'ai envie d'écrire une lettre, tout à coup, il y a des jours comme ça, c'est mieux que de se geler le cul pour aller voir un vieux chum qui te reconnaît même pas quand tu sonnes à sa porte ou qui a déménagé entre-temps, ou qui a changé de blonde depuis la dernière fois & qui veut pas te laisser rentrer ou qui se rappelle que tu lui dois des millions, mettons.

Tout le monde aime recevoir des lettres, sauf les pauvres, parce que les pauvres ça a toujours peur de tout, ça s'imagine toujours que c'est des lettres de mauvaises nouvelles ou de menaces, que quelqu'un veut les « saisir » ou les « expulser » ou les « poursui-vre » pour une raison ou pour une autre, bref, que tout le monde leur z'en veulent juste parce qu'ils sont pauvres, & d'habitude ils se trompent pas, les pauvres, ils ont comme parfaitement raison.

Pour en revenir au climat, le climat pour commencer ça existe, c'est ce qu'il faut comprendre, il y a toujours un climat, que tu sois n'importe où, que tu sois riche ou pauvre, que tu fasses n'importe quoi, que tu penses n'importe quoi, tu es toujours dans un « climat ».

« Nul n'échappe à l'emprise du CLIMAT. »

Tu es facteur, tu as un climat, tu es pas facteur, tu as quand même un climat, finalement.

Quand tu es pauvre, l'avantage c'est que tu travailles pas, tu as pratiquement jamais besoin de sortir de ton trou à rat, sauf pour aller t'acheter de quoi manger un peu, ou de la bière & des cigarettes & de la drogue pour passer le temps, si tu sais t'organiser tu peux passer des jours sans mettre le nez dehors, l'hiver ça a ses bons côtés, comme aujourd'hui, par exemple, l'été par contre tu vis dehors, tu vas boire ta bière & fumer ton joint dans un parc & tu te câlisses de tout, ça finit là.

Je vais écrire une lettre pour faire travailler le facteur, aujourd'hui, pour l'aider à gagner sa vie, qu'il puisse nourrir sa femme & ses enfants & son chien & ses poissons rouges & aller boire une bière à la brasserie avec ses chums une fois de temps en temps & payer son chalet & ses vacances à Cancun & ses disques de Gilles Vigneault, ça va l'aider lui aussi, le pauvre, qui vend jamais de disques, je me sens mécène aujourd'hui, j'en ai pas contre personne, j'ai pas besoin d'aller me faire chier aux quatre vents comme un pauvre clown.

D'ailleurs moi aussi j'ai déjà été facteur, j'y pense, ils m'ont pas gardé longtemps, c'était juste pour le temps des Fêtes, tout le monde a fait ça, être facteur dans le temps des Fêtes quand ils étaient jeunes, je sais ce que c'est, j'aurais pas détesté en faire ma carrière mais il faut croire que le destin & « Postes Canada » en ont décidé autrement, comme on dit.

C'est la vie.

Jeudi 8 janvier 2004

 

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