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16/11/2017

POISSONS

Je reçois ta dernière lettre, je comprends d'après ce que tu me dis que tu as pas reçu la mienne, je veux dire ma dernière.

Donc la dernière lettre que tu as reçue de moi était pas ma dernière, ma vraie « dernière » a dû se perdre quelque part, ça arrive pas souvent, ces choses-là, mais ça arrive quand même des fois, n'est-ce pas.

Au cas où tu la recevrais pas, je veux dire « ma vraie dernière lettre », pas celle-ci ni l'autre que tu as reçue, mais celle qui s'est « perdue », je vais essayer de te la résumer, comme ça si tu la reçois pas (la « dernière »), celle que je t'écris maintenant pourra la remplacer, pas complètement, c'est sûr, une lettre qu'on a écrit et qui s'est perdue ça se remplace pas, ça se remplacera jamais, mais au moins tu en auras comme une espèce de « résumé », mettons.

Donc dans cette lettre-là, celle que tu as jamais reçue, je veux dire, je te racontais une soirée avec des gars que je connais, en fait il y en avait que je connaissais et d'autres que je connaissais pas ou pas vraiment, bref, on était en train de prendre un coup toute la gang, il y avait Chose qui revenait de New York, il était allé vendre des sapins de Noël là-bas pour se faire un peu de fric, tout le monde fait ça, aujourd'hui, il y a un marché pour ça, là-bas, à New York, j'ai même déjà vu un reportage là-dessus à la télévision, il y a deux trois ans, c'est pour te dire.

Donc le gars essayait de nous raconter son trip de sapins de Noël à New York, la grosse affaire, tout le monde s'en contre-câlissait de son histoire, personne l'écou-tait, l'autre zouf était en train de me dire, demande-moi pas pourquoi, qu'il avait fait bouillir ses poissons rouges dans son aquarium, « je suis revenu de vacances, les poissons étaient morts, j'avais mis la température de l'eau trop chaude ! », il se tordait, le gros, il en pissait dans ses culottes, mais en même temps il s'en foutait totalement, ils étaient morts, ses poissons rouges, bref, n'importe quoi, on se serait cru à un meeting de l'ADQ, si tu vois ce que je veux dire.

- Si tu as des poissons tropicaux, il faut que tu achètes de l'eau salée pour les mettre dedans, ces poissons-là !

- Mais si c'est des poissons tropicaux « de lac » ? Même dans les tropiques, l'eau des lacs est pas salée !

Tu vois le genre.

- Oui, mais comment ça se fait que les poissons goûtent pas salé si ils vivent dans de l'eau de mer ?

- Écoute, c'est pas parce que les poissons VIVENT dans l'eau de la mer qu'ils la BOIVENT ! Un poisson, ça boit pas d'eau, tu savais pas ça, toi, Chose ?

- Moi j'ai vendu des sapins de Noël pendant un mois à New York !

- Près des écluses, à Valleyfield, les perchaudes tu les ramassais à la puise. mon gars, tu avais même pas besoin de les pêcher !

- Je le sais, j'ai de la parenté là-bas !

- C'est comme se crosser, à qui ça nuit, se crosser, ça nuit à absolument personne !

And so on, la déconnade à plus finir, le vrai trip « cabane à sucre » québécois, tout le monde en train de gueuler. avec Miles Davis à tue-tête par-dessus tout ça, moi cette histoire-là de poissons m'avait accroché, je veux dire « les poissons », « l'être » du poisson, « l'être-poisson », je me disais : « Quel genre de mémoire ça peut avoir, un poisson ? », parce que si tu as pas de mémoire, tu existes pas, tu peux pas exister sans mémoire, les poissons, eux autres, si tu les étudies comme il faut, tu observes qu'ils se déplacent en bande, ils ont une espèce d'existence collective, ils se synchronisent, c'est comme un « vol d'oiseaux », un poisson en vaut un autre, c'est remplaçable un poisson, etc.

Bref, je suis un peu pressé, il faut que j'y aille, maintenant, je te raconterai ça une autre fois.

Lundi 29 décembre 2003

 

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