Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/11/2017

AUJOURD'HUI DANS L'ACTUALITÉ

Il y a eu trente mille morts dans un tremblement de terre en Iran, l'autre jour.

Et dire qu'il y a des écœurants qui vivent jusqu'à cents ans...

Bref, trente mille morts, c'est de la sérieuse actualité, ça, ça fesse, ça, « trente mille morts ».

Il y en aurait eu juste cinq mille, deux mille, même, ça aurait été de l'actualité pareil.

Les tremblements de terre, même sans morts, c'est toujours de l'actualité, de toute manière.

« Un tremblement de terre de 4,3 sur l'échelle de Mordecaï Richler a secoué la ville de Londres, hier, on ne rapporte aucun décès, etc. »

Pourquoi ils nous l'annoncent d'abord ?

Aujourd'hui, c'est le premier janvier, il y a jamais de nouvelles, le jour de l'An, tout le monde prend un break.

Ils ont sorti deux personnes, une petite fille et son père, ou quatre, je sais pas, des décombres du tremblement de terre en Iran, aujourd'hui, ça intéresse qui, cette « nouvelle-là » ? Nous autres, on veut savoir combien de morts EXACTEMENT il y a eu là-bas, le reste on s'en fout, on les connaît pas, nous autres, ce monde-là.

C'est drôle, l'actualité, parce qu'il y a rien de moins actuel que l'actualité, c'est toujours dépassé, ça dure jamais, l'actualité.

En fait, il se passe vraiment pas grand-chose dans l'actualité.

Tout ça, c'est assez fabriqué, finalement, sauf dans les cataclysmes naturels.

Si un politicien ou une vedette, c'est la même chose, pouvait provoquer un petit tremblement de terre ou une petite tornade pour se mousser, ça serait le rêve, le summum, l'éjaculation.

Pour le reste, l'actualité ça sert pas à grand-chose, c'est ce que je me dis, moi.

Quand on revoit des bouts des bulletins de nouvelles d'il y a vingt ans, à la télévision, on se demande sérieusement comment on pouvait être aussi nul pour écouter ça jour après jour.

Les peignures des « lecteurs de nouvelles », les « lectrices », surtout, c'est à brailler de rire, ou de désespoir, ça revient au même.

Ils deviennent pas crédibles, ce monde-là, le monde de l'actualité, le monde des « nouvelles », quand tu revois leurs peignures, leurs cravates, leurs amanchures d'il y a dix ans.

Le monde de l'actualité, on dirait toujours qu'ils vivent dans le monde de l'actualité, comme.

Dans leur genre, c'est des espèces de parasites qui servent à rien, quand on y pense, c'est des charognards, des « rapporteurs », qui bavassent tout à tout le monde, des écornifleurs, des trous du cul, des paniers percés, comme on dit couramment.

- On les a empêchés de le faire en le disant à tout le monde.

- Lui c'est un fif, lui il s'est fait sucer par sa secrétaire dans son bureau.

- Nous verrons bien ce que déclarera Chose à cette réunion où n'avons malheureusement pas le droit d'entrer parce que nous sommes des petits trous du cul comme absolument tout le monde au monde.

- Jean-Guy Un Tel n'a plus d'argent, il a été obligé de déclarer faillite, comment il va faire pour vivre, ce taré-là, moi j'ai les poches pleines, c'est sûr, je suis journaliste à la télévision, moi !

- Il pourrait se produire ceci si Chose faisait cela, sinon il pourrait se produire cela si Chose faisait ceci, on vous le dira en temps voulu, inquiétez-vous pas, de toute façon, parce qu'on a un œil sur lui, on est là pour ça.

- Cet odieux personnage, ce fieffé trou du cul devrait rendre des comptes à la population et tout nous dire, en commençant par nous autres.

Tout ça, c'est une façon de voir le monde, n'est-ce pas.

Une façon comme une autre.

Il y en a d'autres, justement.

- Lesquelles ? Nous voulons le savoir ! Nous exigeons de le savoir !

Jeudi 1er janvier 2004

 

13/11/2017

ÉCRIVAIN

- Tu es pas écrivain, toi ?

- Moi ? Pas du tout.

- Tu étais pas écrivain ?

- Dans quel sens ?

- Tu l'as pas déjà été ?

- Été quoi, « écrivain » ?

- Oui.

- Non.

- Tu es sûr ?

- Sûr de quoi ?

- Que tu es pas écrivain.

- Que je le suis pas, ou que je le suis ? Ou que je l'ai déjà été ?

- Les deux.

- Comment ça, les deux ?

- Que tu l'es pas et que tu l'as pas déjà été.

- Comment ça ?

- Quand on l'est, on l'est.

- Je vois pas le rapport.

- On l'est, on l'a déjà été, on l'était.

- Et on le sera ?

- Peut-être pas.

- Comment ça, peut-être pas ?

- Personne connaît l'avenir.

- C'est vrai.

- Ça fait que ?

- Ça fait que quoi ?

- J'ai dû te prendre pour quelqu'un d'autre.

- C'est ça.

- On se connaît ?

- Non, on se connaît pas.

- Ah.

- Ah, quoi ?

- C'est drôle.

- Quoi ?

- Moi, j'ai l'impression qu'on se connaît.

- Comment ça ?

- Je sais pas.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Je sais pas.

- Comment, tu sais pas ?

- Je sais pas.

- En tout cas, je suis pas écrivain, moi.

- OK.

- Toi ?

- Quoi, moi ?

- Tu es pas écrivain, toi ?

- Moi ?

- Oui, toi.

- Pas du tout.

- Tu es sûr ?

- Oui, je suis sûr.

- OK.

- J'ai jamais rencontré d'écrivain.

- Moi non plus.

- Tu es sûr ?

- Certain.

- Peut-être que j'en suis un.

- Toi ?

- Pourquoi pas ?

- Comment ça ?

- Peut-être que j'en suis un.

- Un écrivain ?

- Peut-être que je te mens.

- Peut-être que tu me mens ?

- Ou que je t'ai menti.

- Que tu m'as menti ?

- C'est ça.

- Ça se pourrait.

- C'est sûr que ça se pourrait.

- Tout se peut.

- Ou presque.

- Presque, oui.

- En même temps, tout se peut pas.

- Dans quel sens ?

- Dans le sens de « Ça se peut pas ! ».

- Dans le sens de « too much », tu veux dire ?

- Oui.

- C'est vrai.

- Quoi ?

- Que ça se peut pas.

- Quoi ?

- Être écrivain.

Samedi 3 janvier 2004

 

12/11/2017

EN REGARDANT UN DOCUMENTAIRE SUR NICO QUE J'AI DÉJÀ VU ANYWAY

Les drogués, c'est quand c'est des vieux drogués que c'est intéressant.

Jeune, petit punk, trou du cul, c'est plutôt nul, par contre, moi je trouve.

Les jeunes devraient pas se droguer, fumer des cigarettes, etc., les vieux eux autres c'est correct s'ils le font, c'est des « quelqu'un », les vieux, quand tu commences à devenir vieux tu commences à devenir quelqu'un, en plus tu as du temps en masse et le temps c'est comme extrêmement important quand tu te drogues.

Même que je dirais que le temps c'est l'essence de la drogue, le ralentissement ou l'accélération du temps, les deux sont faux, mais en même temps les deux sont vrais, c'est ça, l'astuce.

La drogue, dans le fond, c'est assez miraculeux quand tu y penses, comme « produit » ça aurait jamais connu le succès que ça a connu si au départ il y avait rien eu là.

Le monde moyen s'intéressent pas vraiment à la drogue, ils se contentent de vivre leur vie, c'est pour ça qu'ils sont moyens aussi et qu'ils réussissent en moyenne assez bien, ils font ce qu'il faut faire si tu veux pas avoir de problèmes dans la vie et finir par mourir en santé.

C'est le monde ou bien très intelligent ou bien très nul que la drogue ça intéresse, en général, du monde très intelligent il y en a pas mal, du monde très nul aussi, mais la drogue c'est pas pour les sensibles, ça c'est sûr, et de ça aussi il y en a beaucoup dans la vie, des sensibles.

Je dis que la drogue c'est miraculeux parce qu'il fallait surtout la trouver, la « découvrir », et ça, c'est comme très loin d'être évident.

Tu prends une assez grosse planète, finalement, et une petite gang d'êtres humains garrochés ici et là la marde au cul, et les êtres humains trouvent quand même la drogue, il fallait le faire, on peut pas dire le contraire.

Une chose vraiment spéciale, aussi, c'est que presque toutes les drogues, pour pas dire toutes les drogues, viennent des plantes, même la bière et le vin et la vodka et le rhum, avec la canne à sucre, et je trouve, moi, que c'est une relation assez hallucinante entre deux genres de choses vivantes qui ont finalement pas grand-chose à se dire, si tu y penses deux minutes.

Les animaux, on les mange, les plantes aussi on peut les manger, mais les animaux nous font pas halluciner, eux autres, quoique ça pourrait être assez tripant si quand tu manges du St-Hubert Barbecue, mettons, tu devenais stoned.

Il y a quelque chose dans la chimie de certaines plantes qui nous fait ce que ça nous fait, les plantes c'est les seules affaires au monde qui nous apportent les affaires qu'elles nous apportent, nous autres en tant qu'animaux, en tant que machines vivantes d'une autre sorte, tout ce qu'on peut apporter aux plantes que les plantes connaîtraient jamais sans nous autres, c'est la marde.

Non mais, c'est vrai, et le plus drôle c'est que les plantes aiment la marde, les plantes ont besoin de la marde pour vivre, elles se nourrissent de ça, la marde, elles, les plantes.

C'est quoi de « l'engrais », tu penses, si c'est pas une forme de, excuse le mot, mais de « marde » ?

Pour se nourrir de marde, les plantes il faut que ça soit un genre de bibittes assez drôles.

Remarque, pour une plante un être humain ça doit pas exactement être trop banal non plus, n'est-ce pas.

Bref, quand tu prends de la drogue, tu deviens comme qui dirait « végétal », d'une certaine manière, tu te remplis d'organismes végétaux qui se mettent à pousser dans ton toi-même comme une forêt, ils « s'implantent », comme on dit, sans jeu de mots, et pas rien qu'à peu prés.

À un certain moment, tu veux t'en débarrasser, mais il en est pas question, elles ont conquis toute la terre, elles, les plantes, elles en ont rien à chier que tu essayes de leur résister.

Lundi 5 janvier 2004