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11/11/2017

WOMAN IN LOVE

- Une chance que les années ont juste douze mois, le treizième on saurait pas comment l'appeler.

- Mets-en.

- À part ça ?

- À part ça, moi je te dirais : si les années peuvent être bissextiles, pourquoi nous autres on pourrait pas l'être ?

- Bissextile dans quel sens, dans le sens de « textile » ou dans l'autre sens ?

- Quel autre sens ?

- Laisse faire.

- C'est ce que je me disais aussi.

- Mais toi, les Bee Gees, finalement ?

- Quoi, « moi les Bee Gees finalement » ?

- T'es-tu fait une idée, finalement ?

- Une idée sur quoi ?

- Sur les Bee Gees.

- Je te comprends pas, qu'est-ce que tu veux dire au juste ?

- C'est assez clair, il me semble.

- C'est assez clair pour toi, peut-être.

- Tu connais pas les Bee Gees ?

- Pourquoi tu me demandes ça ?

- Tu connais pas les Bee Gees ? !

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tout le monde connaît les Bee Gees.

- Je le sais, les Bee Gees je les connais, qu'est-ce que tu penses ?

- C'est quoi ton avis ?

- Mon avis sur quoi ?

- Sur eux autres, sur les Bee Gees.

- Tu veux dire : « Qu'est-ce que j'en pense ? »

- Oui.

- Tu as des préoccupations vraiment pas banales, toi, Chose.

- Les Bee Gees, tu les trouves banals, ou quoi ?

- Qu'est-ce que ça peut te faire, ce que je pense des Bee Gees ?

- Si tu connais les Bee Gees, tu en penses forcément quelque chose.

- Peut-être que oui, peut-être que non, mais toi qu'est-ce que ça peut te faire que je pense « ci » ou « ça » des Bee Gees ?

- C'est pas ça la question.

- Toi, qu'est-ce que tu en penses, toi, des Bee Gees ?

- Tu veux que je te dise ce que moi je pense des Bee Gees ?

- Oui, vas-y donc, ça m'intéresse.

- Ce que je pense des Bee Gees, moi, c'est que « les Bee Gees » ça fait pas très affirmé, mettons.

- C'est ce que je me dis moi aussi.

- Vous faites quoi dans la vie, je suis un « Bee Gees », tu vois le genre.

- Le genre « Bee Gees ».

- Justement.

- C'est déjà un début de pensée, tu tiens peut-être quelque chose, toi, là.

- Mais je vais te dire une chose, par exemple.

- Vas-y donc, je t'écoute.

- Si tu as écrit « Woman in Love », moi je pense que tu as le droit d'exister sur notre planète.

- Sur notre planète, qu'est-ce que tu veux dire, « sur notre planète », « La planète des singes » ou la planète « Ivory » ou quoi ?

- Tu connais pas « Woman in Love » ?

- Tu veux dire la chanson de Barbra Streisand ?

- C'est Barbra Streisand qui la chante, mais c'est pas elle qui l'a écrit, c'est les Bee Gees.

- Je savais ça, figure-toi.

- Imagine, tu as écrit un classique.

- Un classique de quoi ?

- Où il est Mozart aujourd'hui, aujourd'hui il est mort, Mozart, c'est à peu près là où il est, Mozart, aujourd'hui, figure-toi.

- Figure-toi que je le savais, Chose.

- « Woman in Love », c'est pas un classique, d'après toi ?

- En tout cas, pas quand c'est Mireille Mathieu qui la chante.

- C'est exactement ce que j'essaye de te dire.

Mardi 6 janvier 2004

 

10/11/2017

LE PETIT DERNIER

- Je me sens comme un rat dans un baril, tout est toujours pareil

- Ah, commence pas avec ça.

- Les nouvelles à la télévision, entre autres, c'est toujours pareil.

- Écoute-les pas, c'est tout.

- Tu peux pas vivre sans nouvelles.

- Sans nouvelles de quoi ?

- Sans nouvelles du monde.

- Le monde a pas besoin de toi, pourquoi toi tu aurais besoin du monde ?

- J'ai pas besoin du MONDE, mais j'ai besoin d'avoir des NOUVELLES du monde au moins une fois de temps en temps.

- Qu'est-ce que ça te donne de savoir qu'il y a un nouveau « Queen Mary », mettons ?

- Le bateau « le Queen Mary » ?

- C'est pas un bateau français, ça, le « Queen Mary » ?

- Ça me donne de savoir qu'ils en font encore.

- Franchement, ils auraient pu l'appeler « le Reine Marie », ces hosties de Français-là.

- Je suis pas certain que le « Queen Mary » c'est un bateau français, moi, par exemple.

- Moi non plus, remarque.

- Tu vois, on est mal informés.

- Moi ça me dérange absolument pas d'être mal informé, moi, qu'est-ce que tu voudrais que ça me fasse à moi d'être mal informé ?

- Prends les « Casques Bleus », dans les nouvelles, quand je te dis que c'est toujours pareil, c'est toujours « les Casques Bleus », jamais les mettons « Casques d'Une Autre Couleur Que Les Casques Bleus », mettons.

- Les nouvelles, ça a aucune espèce d'intérêt, c'est ce que je te dis.

- Ils devraient mettre plus de sciences dans les nouvelles, comme ça le monde apprendraient quelque chose de vraiment nouveau chaque fois qu'ils les écouteraient.

- C'est comme voter, je vois pas à quoi ça sert, moi, voter, j'ai jamais voté de ma vie, même pas aux deux « référendums », qu'est-ce que ça a changé, ça a absolument rien changé à rien.

- Tu t'imagines être journaliste, la platitude que ça doit être ?

- De quoi tu parles ?

- Tu trouverais pas ça plate à mourir, toi, d'être journaliste ?

- Ils sont pas à plaindre, les journalistes, ils sont tout le temps partis en voyage, en plus ça leur coûte absolument rien de leur poche.

- Oui, mais pour être journaliste il faut que tu aies pas d'imagination, mais c'est impossible, ça, de pas avoir d'imagination, personne a « pas » d'imagination, ça se peut pas, ça, « pas avoir d'imagination ».

- On s'en fout, ça a aucune importance ce que tu dis.

- Toi non plus, de toute façon, ça a aucune importance ce que tu dis.

- C'est ce que je te dis, c'est comme les nouvelles, à la télévision ou dans les journaux c'est pareil, c'est toujours les mêmes nouvelles.

- C'est ce que je te dis aussi, tout est toujours pareil.

- Même si la fin du monde c'était mettons demain matin, une fois qu'on le saurait qu'est-ce que tu voudrais que ça nous fasse, ils pourraient pas en faire des nouvelles éternellement.

- Quand tu as un enfant, par contre, c'est jamais pareil, parce que ton enfant grandit.

- Les enfants, moi, ça m'intéresse pas, que ça soit dans les films ou dans la vie ça m'intéresse absolument pas, moi, les enfants.

- Ils devraient faire des nouvelles comiques comme avec les enfants, les enfants c'est toujours assez comique, finalement.

- Je trouverais pas ça comique d'être un enfant, moi, en tout cas.

- Non, toi tu serais plutôt le genre à être dans les « Casques Bleus », je trouve.

- Qu'est-ce que tu voudrais que ça me fasse ?

Mercredi 7 janvier 2004

 

09/11/2017

QUAND TU LIRAS CETTE LETTRE

Je me lève, il est midi & il fait moins 24 C dehors, moins 40, ils disent, avec le « facteur vent », c'est pas une journée pour être facteur, mettons, à moins d'être un « facteur vent », ah ah ah, elle est bonne, celle-là.

La nuit dernière, il a bien dû faire moins 1000 au moins, mais moi la nuit je ferme le chauffage, qu'il fasse le temps qu'il voudra j'ai toujours fait ça & je dors comme un bébé, j'ai jamais froid, de toute façon le froid ça conserve, il paraît, la preuve : regarde les facteurs, ils ont pas un mot à dire, personne a jamais entendu parler d'un facteur qui est mort de froid dans un banc de neige, à ce que je sache.

Aujourd'hui, moi je fais de la soupe, un baril de soupe vietnamienne, c'est une température pour faire de la soupe, aujour-d'hui, qu'est-ce que tu veux faire d'autre quand il fait moins « 40 » à midi avec le « facteur vent », aller jouer dehors avec les facteurs, leur z'aider à passer leur hostie de courrier, peut-être ?

Fuck you, Chose !

Je fais de la soupe vietnamienne aujourd'hui & j'écris une lettre, je sais pas encore à qui, mais j'ai envie d'écrire une lettre, tout à coup, il y a des jours comme ça, c'est mieux que de se geler le cul pour aller voir un vieux chum qui te reconnaît même pas quand tu sonnes à sa porte ou qui a déménagé entre-temps, ou qui a changé de blonde depuis la dernière fois & qui veut pas te laisser rentrer ou qui se rappelle que tu lui dois des millions, mettons.

Tout le monde aime recevoir des lettres, sauf les pauvres, parce que les pauvres ça a toujours peur de tout, ça s'imagine toujours que c'est des lettres de mauvaises nouvelles ou de menaces, que quelqu'un veut les « saisir » ou les « expulser » ou les « poursui-vre » pour une raison ou pour une autre, bref, que tout le monde leur z'en veulent juste parce qu'ils sont pauvres, & d'habitude ils se trompent pas, les pauvres, ils ont comme parfaitement raison.

Pour en revenir au climat, le climat pour commencer ça existe, c'est ce qu'il faut comprendre, il y a toujours un climat, que tu sois n'importe où, que tu sois riche ou pauvre, que tu fasses n'importe quoi, que tu penses n'importe quoi, tu es toujours dans un « climat ».

« Nul n'échappe à l'emprise du CLIMAT. »

Tu es facteur, tu as un climat, tu es pas facteur, tu as quand même un climat, finalement.

Quand tu es pauvre, l'avantage c'est que tu travailles pas, tu as pratiquement jamais besoin de sortir de ton trou à rat, sauf pour aller t'acheter de quoi manger un peu, ou de la bière & des cigarettes & de la drogue pour passer le temps, si tu sais t'organiser tu peux passer des jours sans mettre le nez dehors, l'hiver ça a ses bons côtés, comme aujourd'hui, par exemple, l'été par contre tu vis dehors, tu vas boire ta bière & fumer ton joint dans un parc & tu te câlisses de tout, ça finit là.

Je vais écrire une lettre pour faire travailler le facteur, aujourd'hui, pour l'aider à gagner sa vie, qu'il puisse nourrir sa femme & ses enfants & son chien & ses poissons rouges & aller boire une bière à la brasserie avec ses chums une fois de temps en temps & payer son chalet & ses vacances à Cancun & ses disques de Gilles Vigneault, ça va l'aider lui aussi, le pauvre, qui vend jamais de disques, je me sens mécène aujourd'hui, j'en ai pas contre personne, j'ai pas besoin d'aller me faire chier aux quatre vents comme un pauvre clown.

D'ailleurs moi aussi j'ai déjà été facteur, j'y pense, ils m'ont pas gardé longtemps, c'était juste pour le temps des Fêtes, tout le monde a fait ça, être facteur dans le temps des Fêtes quand ils étaient jeunes, je sais ce que c'est, j'aurais pas détesté en faire ma carrière mais il faut croire que le destin & « Postes Canada » en ont décidé autrement, comme on dit.

C'est la vie.

Jeudi 8 janvier 2004