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05/12/2017

BAZZOLAND

Qui écoute Marie-France Bazzo, et pourquoi ? C'est cinq jours par semaine, son affaire, matin après matin, ça dure des heures ! Et qu'est-ce que tu penses qu'elle fait l'après-midi ? Elle prépare l'émission du lendemain matin, quoi d'autre ! Et quand elle est pas à la radio en train de faire ses « dix mille entrevues », elle va faire du pâté chinois à la télévision ! Ou bien elle donne son indispensable avis sur la guerre dans le monde ou bien les derniers jouets « tendance » pour les petits enfants en bas âge ! Ça arrête jamais, ça fait des années que ça dure, toute sa vie, quasiment, et elle doit bien avoir au moins soixante ans, aujourd'hui, cette fille-là !

- Qui on pourrait bien inviter demain matin ?

- Invite Bob Walsh, il sort un disque de Noël !

- Ou Paul Piché !

- Oui, on lui demandera si il se sent privilégié de vivre à la même époque que Gilles Vigneault !

- Tant qu'à y être, on fait une « table ronde », on invite Gilles Vigneault en personne et on lui demande si il se sent privilégié de vivre à la même époque que lui-même !

Mais QUI écoute ça, et POURQUOI ? Le matin à neuf heures ! Au réveil ! Au lever ! Jour après jour ! Ça travaille pas, ce monde-là ? C'est des chômeurs ? Des B.S. ? Des vedettes sur la brosse et sur la coke qui sont pas encore couchées ? Des « recherchistes » pour d'autres émissions à Télé-Québec qui se cherchent des idées d'invités dans le vent ?

- On pourrait faire quelque chose sur l'invention du TV-Dinner !

- Ah, ça c'est vraiment une idée géniale, ça !

- On invite le ministre des Affaires indiennes ou l'ambassadeur de la Sibérie au Canada ou celle qui fait la météo à TVA et on leur demande si ils en ont déjà mangé !

- Ou bien Paul Piché et on lui demande si il se sent privilégié de vivre à la même époque que le TV-Dinner !

- Ou bien Gilles Vigneault si il en apporte quand il part en chaloupe ou si il le garde au chaud dans sa casquette de vieux loup des mers !

Tu peux pas être une secrétaire-réceptionniste sérieuse et travailler en écoutant ça ! Tu peux pas être un camionneur et écouter ça en conduisant ton mastodonte et trouver ça passionnant de savoir ce que Louise Forestier pense des odeurs, à moins d'être un camionneur complètement fif ! Tu peux pas écouter ça dans les ascenseurs ni dans le métro ni si tu travailles dans une boutique de vêtements hyper branchée à l'os ! Tu peux pas être un illettré en train de goudronner un toit à mille degrés Celsius en plein soleil au mois de juillet et écouter ça en même temps et trouver ça exquis et prendre ton pied absolument ! Tu peux pas être un architecte qui calcule au millimètre la taille d'une dalle de béton géante pour la Grande Bibliothèque ou une biologiste qui étudie les propriétés de la pelure de patate pour le traitement du sida et écouter ça pendant des heures et t'intéresser réellement et y revenir matin après matin, semaine après semaine ! Tu peux pas être un voleur de banque qui prépare un coup d'enfer ou un dealer de crack qui compte son cash ou un professeur de cégep qui donne son cours ou un expert en dératisation dans un égout pas éclairé ou une « éducatrice » avec quatre-vingts enfants de trois ans qui hurlent à mort dans une garderie en feu ou une vieille de cent huit ans qui se tape un coma hypoglycémique dans une ambulance pendant que les « techniciens » d'Urgence Santé font du piquetage pour leur fonds de pension ou qu'ils sont en train de saccager on sait pas quoi pour on sait pas quoi !

Qui écoute ça, Marie-France Bazzo, qui est-ce que ça intéresse, à part Marie-France Bazzo et ses dix mille invités par semaine et ceux qui voudraient se faire inviter eux autres aussi ?

Mercredi 17 décembre 2003

 

04/12/2017

SECRET DE POLICHINELLE

À part ça, Marie-France Bazzo c'est pas seulement le matin à tous les jours ! Non ! C'est REDIFFUSÉ jour après jour en fin de soirée !

Si Michèle Richard c'était la Reine de TQS, Marie-France Bazzo ça doit être quelque chose comme l'Impératrice de Radio-Canada !

À elle toute seule, elle doit te bouffer au moins la moitié du budget de la boîte !

« Ici Bazzo-Canada ! »

L'autre jour, elle s'était invité un petit Français froufrouteux pour nous parler des beautés d'un nouveau livre sur les Inuits, un illustré à 45 $ la copie, elle en finissait pas d'éjaculer : « Oh wow ! Oh wow ! »

ON POUVAIT MÊME PAS VOIR LES IMAGES, ON ÉTAIT À LA RADIO !

Qui c'est qui a 45 $ à investir dans un livre qui te parle d'igloos et de traîneaux à chiens perdus au pays du Père Noël ?

Qui c'est qui voudrait réellement avoir ce livre-là dans sa bibliothèque ou sur sa « table à café », même pour 20 $ ? Et POURQUOI ?

Avec ton 45 $, tu ferais mieux de t'acheter une pelle et un bon foulard et d'aller jouer dehors dans le banc de neige, si tu aimes l'hiver à ce point-là et que tu as envie de te prendre pour un Esquimau !

Mais surtout, qui écoute ces émissions-là soir et matin, et pourquoi, c'est ce que j'aimerais bien savoir, moi.

J'arrive pas à concevoir la quantité d' « informations » et de niaiseries de toutes sortes qui est charriée là-dedans semaine après semaine, mois après mois, le déluge, le tohu-bohu total, la folie... Quatre brûlants « sujets » à l'heure, sans compter les « pauses musicales » (il faut bien se relaxer un peu le cerveau, ici c'est la radio, pas l'usine à saucisse, quand même !), des sujets qu'un individu moyen arriverait pas encore à maîtriser même approximativement au bout de toute une vie.

« L'eau : enjeu mondial » !

Oh boy ! Un autre livre qui vient de sortir ! Je cours me l'acheter tout de suite !

Quand tu penses que le pauvre monde peut même pas te dire quel chemin prendre pour te rendre à Beauharnois !

Tout de suite après l'eau enjeu mondial, un « débat », des invités prestigieux, un jeune gars qui travaille à Radio-Canada, forcément, une fille du magazine « Châtelaine », de l'humour, des clins d'œil, après tout on se prend pas vraiment au sérieux, vous l'avez compris, j'espère : « Êtes-vous pour ou contre le gâteau aux fruits ? » !

- En mets-tu toi de l'eau dans ton hostie de gâteau aux fruits, câlisse de conne ? !

Je résume : 1) les Inuits ; 2) « pause musicale » ; 3) l'eau, enjeu mondial ; 4) « pause musicale » ; 5) le gâteau aux fruits ; 6) « pause musicale » ; 7) on continue !

La grande question est pas tellement de savoir à quoi toutes ces « informations-là » peuvent bien te servir, c'est plutôt : comment tu fais pour toutes les emmagasiner, pour tout retenir ?

Peut-être que le monde prennent des notes, jour après jour, année après année... Si une « information » leur échappe, ils peuvent toujours se rattraper, ils réécoutent l'émission à la fin de la soirée. Ils enregistrent probablement toutes les émissions, de toute façon, pour être absolument sûrs de rien manquer...

À moins que... À moins que personne écoute vraiment, que tout le monde s'en câlisse, que ça soit pas plus compliqué que ça ! Que ça soit ça, le secret de toute l'affaire ! Le secret de Marie-France Bazzo ! De Polichinelle, je veux dire !

Mais si tout le monde s'en câlisse du gâteau aux fruits et de l'odeur des couches de Louise Forestier bébé, à quoi ça sert à ce moment-là ces millions d'émissions-là, rediffusées en plus en fin de soirée ? À quoi ça sert de les écouter ?

En somme, et pour nous résumer encore une fois : 1) QUI écoute ça ? ; 2) POURQUOI ?

Jeudi 18 décembre 2003

 

03/12/2017

DOWN IN THE HOLE

- J'ai le cafard, aujourd'hui.

- C'est une assez drôle d'expression, « avoir le cafard ».

- Oui, c'est vrai.

- J'aime mieux « avoir les bleus », mettons.

- Oui, c'est bon, ça, « avoir les bleus ».

- Je veux dire, j'aime mieux dire « avoir les bleus », pas les avoir.

- Oui, j'avais compris.

- Comment ça se fait que tu as les bleus ?

- On peut dire « Je me sens down » aussi.

- « Se sentir down », c'est pas mal plus sérieux que « d'avoir les bleus ».

- C'est vrai que c'est pas mal plus heavy.

- Mais c'est pas la même chose que « d'être down », comme dans : « Man, je suis down aujourd'hui », c'est pas comme : « Man, je me sens down aujourd'hui. »

- C'est pas comme « Mec, je me sens down aujourd'hui, tu piges ? ».

- « Mec », je trouve ça assez bien, moi, ça sonne assez bien, « mec ». « Écoute, mec ! »

- Il y a « mon gars » aussi, comme quand tu dis : « Mon gars, si tu savais comme je me sens down aujourd'hui ! »

- Oui, tu peux dire : « Écoute, mon gars ! », « mon gars » ça se prête à pas mal toutes sortes de choses, finalement.

- C'est comme dire « trou de cul » et « trou du cul », c'est la même chose, mais en même temps c'est pas tout à fait la même chose.

- On peut dire « Tous les Français sont des trous du cul », et ça marche, et on peut dire « Tous les Québécois sont des trous de cul », et ça marche aussi.

- Un Français qui dit « Bon ben je me tire ! », c'est pas comme un Québécois qui dit « Bon ? Ben je me tire, d'abord ! ».

- Le gars se sent un peu down, mettons.

- Les Français, ils « tirent les vers du nez », nous autres on « tire des roches ».

- C'est pas la même chose, c'est sûr, comme en anglais tu as le mot « shallow », tu as pas d'équivalent en français, en français il faut dire « pas profond » ou « de peu de profondeur » ou encore « pas creux ».

- « Un gars creux », ça peut vouloir dire qu'il est vide à l'intérieur, comme dans « Ça sonne creux », ou bien ça peut vouloir dire « un gars profond » comme dans « Va pas dans le creux ! ».

- Ou « Va pas dans le trop creux, là ! ».

- En anglais, on peut employer « shallow » pour des personnes, c'est-à-dire au « figuré ».

- En français, on dit « superficiel », c'est un assez beau mot, quand tu y penses, « superficiel ».

- Moi j'aime bien le mot « astucieusement », essaye de dire ça, « as-tu-ci-eu-se-ment ».

- L'anglais est une langue extrêmement concrète, nous autres on dit « aisselle » et eux autres ils disent « armpit », « trou de bras », ou bien ils disent « book-shelves », « tablettes à livres », et nous autres on dit « bibliothèque ». « Je vais ranger ce livre dans ma bibliothèque. »

- Par contre, « dessours de bras » ça sonne autrement que « aisselle », « aisselle » c'est plus pour les femmes, ça.

- Si tu peux dire « aisselle » et « dessours de bras », ou encore « tsour de bras », au singulier ou au pluriel, parce que « dessours » avec un « s » veut pas nécessairement dire que c'est au pluriel, ça veut plutôt dire que « dessours » est formé ou déformé à partir de « dessous » dont il garde le « s ».

- Donc ?

- Donc, si tu peux dire « aisselle » et « dessours de bras » ou « tsour de bras », tu as les deux mots, en fait tu en as trois, ça peut te servir à faire toutes sortes de nuances.

- Comme si tu dis « profondément superficiel », mettons.

- « Profondément superficiel », c'est un oxymoron, comme « soleil noir », ou « noir soleil ».

Jeudi 18 décembre 2003