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30/11/2017

SPÉCIAL ARTISTES

I

Un écrivain, la différence c'est qu'il les écrit.

 

II

Un artiste est quelqu'un qui vous dit : « Oui, je suis un peu perdu, autrement ce ne serait pas très amusant ».

 

III

- Ce qu'on appelle la créativité, c'est une machine à opérer tout ça malgré tout.

- Malgré tout quoi ?

- Malgré tout ça.

 

IV

Être artiste, c'est poser la question.

- La lune est pleine.

- Pleine de quoi ?

 

V

Les artistes sont des personnes qui pensent et croient que les gens existent pour les admirer.

 

VI

Une fois qu'on a trouvé la beauté dans l'art, on n'érotise plus nécessairement l'amour.

 

VII

Tout effort conscient tend à devenir grâce.

 

VIII

Quand un écrivain n'écrit pas, la scène lui manque.

 

IX

Tout effet de style est pervers et tout est style.

 

X

L'art, ce n'est rien, le grand art c'est de la perversion.

(Freud disait : « Les pervers ne le deviennent pas, ils le demeurent. »)

 

XI

Le roman mène tout droit à l'alcoolisme, c'est bien connu.

 

XII

Être écrivain, c'est comme être alcoolique quand c'est bien fait.

 

XIII

Les névroses des artistes, les petits secrets insignifiants, les énormes et inutiles constructions pour les cacher, pour les révéler.

 

XIV

Quand on se met à considérer l'art comme une fabrication, ce qu'il est, il perd tout intérêt, sauf celui de sa fabrication.

 

XV

Être artiste passé quarante ans, c'est se rêver encore princesse au bal à minuit passé.

 

XVI

Les écrivains sont de vieux monsieurs qui se sentent tout tristes quand ils ne sont pas en train de tripoter de vieux papiers.

 

XVII

Ici, c'est difficile d'être écrivain, parce qu'ici, c'est l'Amérique.

 

XVIII

À bien y penser, je crois que je vais donner à l'ensemble de mon œuvre le titre de L'étendue du désastre.

 

XIX

Les gens qui m'accusent de n'avoir aucun talent sont uniquement ceux qui ont lu tous mes livres.

 

XX

Ce que j'aurais aimé savoir, moi, et qu'ils ne nous ont jamais dit, c'est de quoi pouvait bien vivre un petit trou du cul comme André Breton.

 

XXI

C'est assez simple, finalement, il y a eu un âge d'or de la littérature, et il est fini, et personne n'y peut rien.

 

XXII

Salman Rushdie : « Le roman n'est pas mort, il est enseveli. »

 

XXIII

Les artistes vieillis, c'est toutes des vieilles plotes.

 

XXIV

- Retenez bien mon nom, vous n'en entendrez plus jamais parler !

Samedi 20 décembre 2003

 

29/11/2017

TIM BUCKLEY

Ça se passait au Forum de Montréal, au milieu des années 70, dans un autre millénaire. Ce soir-là, il y avait trois noms à l'affiche, Tim Buckley, Curtis Mayfield et Frank Zappa. Buckley devait réchauffer la salle, Zappa était la grande vedette de la soirée, Curtis Mayfield je me demande encore ce qu'il foutait là, enfin, bref. Buckley arrive avec ses musiciens et une douze cordes électrique, ils se mettent à jouer, le monde continuaient à entrer, la moitié de la salle était debout, l'autre moitié des spectateurs cherchaient leurs sièges, les lumières étaient pas encore complètement éteintes dans la place, tout le monde parlait, personne écoutait. Le son était pourri comme d'habitude à l'époque, personne au monde savait quoi faire pour que de la musique « live » puisse être écoutable dans ce genre d'endroit-là. Le son était pourri, mais la musique était bonne, très bonne, même, très étrange, très envoûtante. Buckley jouait de la guitare, mais son véritable instrument c'était lui-même, c'était la voix qu'il avait. Ce gars-là était un vrai chanteur, pas un « chanteur de rock » ou de ceci ou cela, un vrai chanteur, quelqu'un qui sait comment faire et qui a ce qu'il faut pour le faire, un organe incroyable, un véritable don de la nature. Les chansons étaient longues, toutes déformées, hallucinantes, méconnaissables, nous autres on connaissait les versions studio, acoustiques, on avait jamais entendu Buckley « live », électrique, avec un « road band ». Il était dans son élément, qui était pas le studio, mais la scène, parce que quand on peut chanter comme ça, on joue de sa voix comme d'un instrument qu'on laisse s'explorer lui-même et improviser et jubiler, et alors la « chanson » devient un format qui veut plus dire grand-chose, d'une certaine manière. La dope était bonne aussi, ce soir-là, à chaque coup il nous fallait un bon cinq minutes avant qu'on arrive à reconnaître une chanson des albums « Blue Afternoon » ou « Happy Sad », mais c'était pas grave, Buckley les étirait toutes pour mieux pouvoir jammer comme un malade avec ses musiciens et nous autres on était aux anges. C'était pas le cas pour tout le monde, Buckley a jamais été vraiment connu, dans le milieu francophone, à Montréal, c'était pas sa crowd, les Anglos le connaissaient un peu plus, mais pas tellement non plus, il était pas et il a jamais été une star comme Elton John, ou David Bowie, mettons. Bref, ce qui devait se produire s'est produit, Buckley s'est fait huer comme du pourri, une « chanson » après l'autre, va-t'en, étouffe-toi, on veut Zappa, we want Frank, etc. Buckley finit son set, impeccable, et il disparaît. La fille avec qui je suis me dit : « On devrait essayer d'aller le voir ! », une idée folle, sans bon sens, je dis : « OK ! », et on y va, on descend au « parterre », sur la « patinoire », on s'avance jusqu'à la scène, et là, sur le côté de l'estrade, il y a un petit bonhomme bien habillé, avec une belle tête frisée et des souliers vernis, sans lacets mais avec une petite boucle en cuir sur le dessus, et des pantalons propres, pas des jeans mais des pantalons, il est en train de ranger sa guitare dans un étui qui est posé sur le sol, personne fait attention à lui, il est comme seul au monde, c'est comme s'il avait même pas de loge, aucun « roadie » pour s'occuper de lui ni rien, il va mettre sa guitare dans l'étui et il va prendre l'étui et il va s'en retourner chez lui en Californie et il a un visage épouvantable, il est pas en colère, il a pas envie de tuer, il y a juste une épouvantable déception, une épouvantable tristesse sur son visage et dans ses yeux, il est tout mince et tout fragile, tout petit, cinq pieds huit, peut-être, avec la voix qu'il a, il se redresse et il m'aperçoit et je lui tends la main par-dessus la barrière en métal et je lui souris et je lui dis « Thank you » et il me sourit et il me serre la main et toute la tristesse et toute la déception se sont effacées de son visage, il a fait ma soirée, Tim Buckley, moi je viens de faire la sienne.

Dimanche 21 décembre 2003

 

28/11/2017

L'ALCOOL GUÉRIT TOUS LES MAUX

C'est la tragédie, les « régions » se vident, c'est partout pareil. En Abitibi, tout le monde aimerait vivre à Montréal, au Mexique tout le monde aimerait vivre à Mexico, à Mexico tout le monde aimerait vivre aux États-Unis, aux États-Unis tout le monde aimerait vivre à New York ou en Californie, etc.

Rien à foutre. Sauf si ça devient comme un peu débile mental sur les bords, mettons.

Exemple : j'apprends tout étonné aux dernières nouvelles, à la télévision, que la Saskatchewan commence à s'énerver fortement, les rats abandonnent le navire, les jeunes, surtout, ça s'enfuit à pleins troupeaux, ils aiment mieux aller se faire voir ailleurs, on dirait bien.

Mais c'est des vrais « boat people », ces pauvres Saskatchewanais-là, ou Saskatchewanois-là !

Difficile de les comprendre, mais bref...

L'important, dans la vie, ce qu'il faut JAMAIS oublier, c'est qu'il y a TOUJOURS moyen de trouver une solution à un problème, N'IMPORTE QUEL problème, il suffit d'être assez INTELLIGENT pour la trouver. Le gouvernement de la Saskatchewan s'est attelé, lui, pas de niaisage, les grosses têtes des hommes politiques se sont un peu forcées, pour une fois, et tout à coup : bing, la lumière a jailli !

- Pour garder nos jeunes chez nous, se sont dit ces redoutables penseurs, ces athlètes du neurone, ces Einstein triomphants, on pourrait peut-être diminuer de dix-neuf à dix-huit ans l'âge légal pour boire de l'alcool !

Authentique !

Hélas, la chose est pas encore faite, pour l'instant ces prodigieux titans de l'esprit, ces visionnaires aveuglants, ces phares de l'humanité sont seulement à l'étape d'y RÉFLÉCHIR ! Et tant qu'à RÉFLÉCHIR SÉRIEUSEMENT, aussi bien y aller à fond la caisse, n'est-ce pas !

Ah, c'est totalement et intégralement génial, il y a pas d'autre mot.

- Qu'est-ce qu'ils veulent, les jeunes ? À quoi est-ce qu'ils s'intéressent, au fond, dans la vie ? Quel impossible rêve caressent-ils ? Qu'est-ce que les autres provinces canadiennes et le Vaste Monde peuvent leur offrir qu'ils trouvent pas dans nos vertes prairies et nos arpents verts ?

Mais de la bière, saint-sacrament !

Mais le droit de s'éclater le cerveau comme des malades dans n'importe quel débit de boisson de la province full légal, mon man !

Quand ça fait dix-huit ans que ton but dans la vie c'est de te soûler la gueule assez pour jamais te souvenir de ton nom et pour oublier jusqu'à la fin de tes jours que tu existes en Saskatchewan, tu en peux plus, attendre encore une autre année ça devient impossible, c'est inhumain, ou bien tu t'exiles « right away » à Toronto ou n'importe où ailleurs sur la Planète, ou bien tu meurs, des solutions il y en a pas d'autres !

Moi, je dis : l'âge légal pour boire, mettez-le donc à douze ans, gang de surdoués, comme ça TOUS les jeunes de TOUTES les autres provinces canadiennes vont vouloir se garrocher en Saskatchewan du jour au lendemain, c'est pas tellement compliqué, ça, non ?

Un coup parti, rendez donc la marie-jeanne légale à partir du même âge, comme ça personne voudra plus jamais vivre ailleurs au Canada ni même partout ailleurs dans le monde !

Mais j'y pense, c'est pas dans les Prairies qu'il y a des agriculteurs qui sont contre l'heure d'été, c'est pas là-bas qu'ils disent que si les heures d'ensoleillement allongent trop, les terres vont finir par brûler ?

Oui, c'est en Alberta, je pense.

C'est pas en Saskatchewan !

En Saskatchewan, le monde sont pas mal plus intelligents que ça, jamais tu les verrais t'arriver avec des niaiseries aussi monumentales que celle-là !

Dimanche 21 décembre 2003