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20/11/2017

VIVANT

- J'ai aucun statut.

- Qu'est-ce que tu veux dire, tu as aucun statut ?

- Je suis nulle part.

- Comment ça, nulle part, tout le monde est quelque part.

- Moi je suis nulle part.

- Tout ce qui existe est quelque part, tu peux pas exister et pas être quelque part.

- Moi je suis nulle part.

- Nulle part où ?

- Nulle part nulle part.

- Tu essayes de te rendre intéressant, ou quoi ?

- Tu trouves ça intéressant, toi, d'être nulle part ?

- Tu peux pas être nulle part.

- Moi je suis nulle part.

- Ça veut dire quoi, être nulle part, ça veut dire avoir aucun statut ? Tout le monde a un statut.

- Moi j'ai aucun statut.

- Si tu es une pute, tu as un statut, si tu es un junkie, tu as un statut, si tu es un condamné à mort, tu as un statut, tout le monde a un statut. Si tu es mort, tu as un statut, ton statut c'est d'être mort. « Statut du mort : personne décédée. »

- Tout le monde a un statut mais pas moi.

- Admettons que ça soit vrai.

- C'est vrai.

- Admettons. Qu'est-ce que ça peut te faire ? Qu'est-ce que ça peut faire à qui ?

- Si tu as pas de statut, tu existes pas.

- Tu peux pas pas exister, c'est impossible de pas exister. Même mort, tu existes en tant que mort, tu existes dans un trou, au cimetière, ou dans une urne, je sais pas où, mais tu existes.

- Même les morts existent, c'est ça, hein ?

- Oui, même les morts existent, les morts existent en tant que morts. « Mon père est mort », donc il a existé, donc il existe en tant que mort, autrement on pourrait pas dire « mon père est mort ».

- Je suis pas mort, moi.

- C'est ce que je te dis aussi.

- Si j'étais mort, je pourrais peut-être avoir le statut d'être mort, mais c'est pas le cas.

- Tu as le statut de pas être mort, tu as le statut d'être vivant.

- C'est pas un statut, ça, « d'être vivant ».

- C'est un statut opposé au statut d'être mort.

- Tout ce qui est vivant est vivant, je vois pas l'intérêt de dire que ton statut c'est d'être vivant si tu es vivant, c'est pas un vrai statut, ça.

- C'est un statut, mais admettons que c'en soit pas un.

- C'en est pas un.

- Admettons que ça en soit pas un. Tu es vivant, tu as pas de statut, supposément, mais tu existes, puisque tu es vivant. Si tu existes, tu existes quelque part, donc tu es quelque part, donc tu es pas nulle part.

- « Supposément », ça existe même pas en français.

- Oui, ça existe.

- Non, ça existe pas, tu peux pas former un adverbe à partir de n'importe quel adjectif, « supposé » ça existe comme adjectif, « supposément » ça existe pas comme adverbe.

- Ça existe, puisque je peux dire « supposément », je pourrais pas dire « supposément » si « supposément » ça existait pas.

- Tu peux pas dire « supposément ».

- Je peux bien dire « supposément » si j'ai envie de dire « supposément », je peux inventer n'importe quel mot, si je le veux, l'important c'est que le monde me comprennent.

- Tu peux pas inventer n'importe quel mot et que tout le monde te comprenne.

- Tout le monde comprend ce que ça veut dire, « supposément ».

- Tout le monde peut-être, mais pas moi.

Vendredi 26 décembre 2003

 

19/11/2017

GOD BLESS ARNOLD

Comme ça, Arnold a été élu, hein ?

Arnold. Pas besoin de dire son nom de famille, tout le monde sait de qui je parle. C'est comme si je disais Elvis. Ou Adolf. Ou Céline (Dion, pas Louis-Ferdinand...).

Donc : Arnold a été élu.

Pour une nouvelle, c'est une nouvelle. Pour le reste, c'est tellement gros, tellement évident, tellement ÇA, qu'il y a rien à dire, rien à rajouter, n'importe quelle espèce de commentaire serait de la pure connerie, de la perte de temps.

Arnold a été élu, le peuple a parlé.

La Démocratie, vois-tu, ça existe. Non seulement ça existe, mais ça fonctionne.

J'aime beaucoup ce qui se passe aux États-Unis et dans le Vaste Monde par les temps qui courent, je me régale, je suis content d'être là et d'avoir la chance de voir ça.

À l'époque où je vivais à Laval, j'étais déjà un Montréalais, aujourd'hui je vis à Montréal et je me sens « New-Yorkais », you know what I'm saying ?

Les Américains, j'ai rien contre, j'en suis un.

Il y a très peu d'êtres humains que j'ai pu haïr aussi profondément que j'ai haï Ronald Reagan, il y a une vingtaine d'années, je l'ai haï pour tuer, Reagan, à peu près comme je peux haïr Jean Charest la charogne aujourd'hui.

George W. Bush, par contre, c'est quelqu'un qui m'amuse. C'est quelqu'un qui m'amuse même beaucoup. Il est très bon, c'est un excellent bouffon, il fait très bien ce qu'il est payé pour faire à ce moment-ci de l'histoire.

Ce qui semblait s'annoncer d'une façon assez claire, il y a un peu moins d'un siècle, tout de suite après la Première Guerre mondiale, mettons, c'est devenu ÇA qui est ÇA aujourd'hui, plus personne au monde peut prétendre le contraire. Le « troisième millénaire » de notre ère sera américain, il l'est déjà. C'est historique. C'est correct. Why not ?

C'est correct parce que c'est comme ÇA que les choses se passent. Arnold a été élu. L'effondrement du bloc communiste l'a démontré une fois pour toutes : il y a pas d'idéal, il y a rien que la réalité. La réalité peut te faire chier autant que tu le veux, naturellement, mais c'est une autre affaire, ça. Ton cancer du poumon peut te faire chier lui aussi, mais tu fumes deux paquets de cigarettes par jour depuis quarante ans, c'est ÇA, la réalité, ça finit là. Qu'est-ce que tu peux y faire à ton cancer du poumon ? Rien.

Ils étaient encore en train de compter les votes en Floride aux dernières « présidentielles » que George Doublevé se payait un petit bombardement de la Libye, histoire de mettre les cartes sur la table dès le départ. Il avait hâte de jouer avec ses belles grosses machines de guerre, le petit garçon à son papa chéri, il l'a fait parce qu'il pouvait le faire, c'est ÇA, la réalité.

Les Soviets se sont embourbés des années en Afghanistan, les Américains se sont amenés avec leurs gros sabots et trois semaines plus tard tout était fini. La gang de clowns talibandais avaient disparu la marde au cul, les Américains avaient perdu quelque chose comme un seul homme, un petit con qui s'était tiré lui-même en s'enfargeant dans son fusil. Personne au monde pouvait rien faire contre les Américains en Afghanistan. Personne au monde a rien fait, non plus.

L'Irak, on en parle même pas, c'est comme pour Arnold, Blair l'a tout de suite compris, lui.

Chez les loups, qui sont des animaux sociaux, il y a un chef : c'est le loup le plus fort.

Chez la variété de singes qu'on appelle « humains », c'est les Américains qui sont les plus forts, aujourd'hui, c'est ÇA qui est ÇA.

Why not ?

Si c'était la Belgique qui régnait sur le monde, qu'est-ce que tu voudrais que ça me fasse à moi, qu'est-ce que ça changerait que ça me fasse « ceci » ou « cela » ?

Ça changerait absolument rien, c'est tout.

Samedi 27 décembre 2003

 

18/11/2017

LBV

- J'allais dire : Victor-Lévy Beaulieu.

- Qui ?

- Victor-Lévy Beaulieu.

- Ah, lui ? What's with the hat, man ?

- Je sais pas, ça doit être un gars de la campagne ou je sais pas quoi.

- Quelle campagne, la campagne française ?

- Je sais pas, moi aussi ça me dépasse, moi, ces affaires-là.

- What's with the beard, man ?

- J'allais le dire : la barbe, c'est quoi l'idée ?

- Tout le monde a une barbe à la campagne.

- Ça fait Québécois, c'est ça ?

- C'est sûr que c'est ça, la barbe c'est une invention québécoise, voyons, tout le monde sait ça, ou en tout cas ils devraient l'apprendre.

- Il y a les bretelles aussi.

- Oui, la bédaine aussi, la pipe...

- On parle toujours de Victor-Lévy Beaulieu ?

- Écoute, en plus il zozote, je pense, ou il zézaye, je sais pas comment on dit ça au juste.

- Victor-Lévy Beaulieu ?

- De qui tu penses que je parle, de Michel Tremblay, peut-être ?

- Victor-Lévy Beaulieu, il a pas fait de la radio, lui, ce gars-là ?

- Non, non, il a fait de la télévision.

- Remarque, quand tu zozotes, faire de la radio... Tu as pas grand-chose pour te rattraper... À la télévision, le monde peuvent au moins te voir...

- Non, non, c'est pas ça, il passe pas À la télévision lui-même, il écrit À la télévision.

- Il lui écrit des lettres, tu veux dire ?

- Non, non, non, il écrit pour la télévision, c'est ça, le mot que je cherchais c'est « pour », « pour » la télévision.

- Je le sais, je te niaise.

- Il me semblait aussi.

- Oui, mais quand même, moi je dis que c'est bien beau d'écrire, mais à ce point-là...

- Yeah, what's with the fucking productivity, man ? ! WHAT'S WRONG WITH THE FUCKING GUY, MAN ? !

- Il vient d'un milieu où il fallait, je sais pas, moi... survivre...

- WHAT'S WITH THE FUCKING SURVIVAL THING, MAN ? ?

- Oui, mais à la campagne il faut que tu survives, c'est important de survivre, à la campagne.

- Je le sais, je te niaise !

- Il me semblait aussi...

- Non mais, franchement, Victor-Lévy Beaulieu, la première affaire c'est que son nom tient vraiment pas debout, tu me feras jamais accroire que ça existe, toi, quelque chose comme « Victor-Lévy Beaulieu ».

- Non, justement, ça existe pas, on appelle ça un pseudonyme, un « soi-disant nom », autrement dit.

- Ah, OK.

- Tous les artistes ont des faux noms d'artiste, ça leur z'aide à être des artistes.

- Pourquoi pas Victor-Lévy DE Beaulieu, un coup parti ? POUR QUI IL SE PREND, CE TABARNAK-LÀ ? What's with the GUY, man ?

- Écoute, c'est quoi ton problème, tabarnak ?

- Je te demande pardon ?

- J'ai dit : c'est quoi ton problème, toi, tabarnak ?

- Mon QUOI ? ? ?

- Je te sens un peu tendu par moment.

- Non, non, ça va, je te niaise.

- Il me semble, oui...

- Sérieusement, on peut pas rire de Victor-Lévy Beaulieu tellement longtemps, ce gars-là a aucun humour, et ça, c'est EXTRÊMEMENT rare, AUCUN HUMOUR, même que c'est incompréhensible, à la limite, mettons.

- En fait, c'est pas humain, tu veux dire.

- Il est même pas capable d'écrire de la poésie non plus, ça fait que imagine...

Dimanche 28 décembre 2003